Chemins d'Afrique VOL 1-No 2-June 2021

Chemins d’Afrique

2021

Deux défis à l’intégration africaine

« A

rriver au Danemark », pour reprendre une expression de Francis Fukuyama, reste l'ambition (le rêve ?) des pays africains. Pour simplifier, je soutiens ici que l'on peut réduire cette ambition à deux étapes : d’un dilemme dans un premier temps à un trilemme lors de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), opérationnelle depuis ce mois de janvier. Dans la perspective de l'agenda de l'UA2063 : L'Afrique que nous voulons, lancé lors du 50e anniversaire de l'Union

Même si les guerres se déroulent principalement entre voisins, une intégration renforcée se traduisant par plus d’échanges bilatéraux est un bon principe économique

africaine (UA) en 2013, une intégration renforcée est confrontée à de nombreux défis : l'emploi et l'environnement, pour ne citer que ces deux, qui ne sont pas abordés ici. Je me concentrerai ici sur deux défis : l'adoption du nouveau régionalisme, nécessaire pour développer des chaînes de valeur régionales au niveau continental, et la stimulation de la fourniture de biens publics régionaux pour atténuer la géographie et le paysage politique fragmentés de l'Afrique.

Du dilemme….

Le Plan d'Action de Lagos, adopté en 1980, devait déboucher sur l'unité panafricaine et l'industrialisation continentale par la division du continent en communautés économiques régionales (CER) -- alors au nombre de trois. Une industrialisation rapide se serait mise en place au niveau des CER dans le cadre du libre-échange entre les membres avec des barrières tarifaires élevées appliquées aux non-membres. Cette stratégie de repli sur soi, au plus fort de la planification centrale, reflétait également le désir de se développer indépendamment des anciens maîtres coloniaux. L'unification économique serait la solution au dilemme du développement de l'Afrique et, pour beaucoup, cette solution nécessiterait une union politique afin de fonctionner au mieux. Cependant, les dirigeants de ces jeunes États africains nouvellement indépendants étaient réticents à encourager l'érosion de la souveraineté nationale et l'émergence d'une autorité supranationale qui aurait été nécessaire pour coordonner et gérer les affaires de l'union africaine espérée. Face à ce dilemme, les pays ont insisté sur le ‘respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de chaque État et du droit inaliénable à une existence indépendante’, stipulé dans la charte de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) de 1963. Lorsque l'intégration a commencé résolument en 1994 dans le cadre du traité d'Abuja, le flou et la multitude d'objectifs ont aidé à faire oublier les problèmes qui divisaient les membres des CER participantes, maintenant au nombre de huit. Le panafricanisme a été affaibli bien que l'intégration était le plus souvent motivée par une coopération politique que par des intérêts économiques et le commerce.

Jaime de Melo Professeur émérite

Université de Genève Senior Fellow, FERDI @jaime_demelo

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Vol 1 • N° 2 • Chemins d’Afrique 2021

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